Niels Ackermann: les enfants de Tchernobyl sont devenus grands

La galerie Focale, axée sur la photographie documentaire, a souhaité récompenser le travail de Niels Ackermann. Ce photojournaliste genevois de 28 ans est le quatrième lauréat du Prix Focale, composé d’un soutien de production pour un projet d’un montant de 5’000 francs et d’un espace d’exposition sur la place du Château de Nyon.

Niels Ackermann propose un travail d’immersion de 3 ans à Slavutych, la plus jeune ville d’Ukraine, située à 40 km du lieu de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Il a choisi un autre regard, celui porté sur l’avenir d’une ville et d’une jeunesse à l’avenir incertain.

Le photographe explique dans sa note d’intention: «En 2016, le monde va commémorer les trente ans de la catastrophe de Tchernobyl. Au lieu de rappeler les conséquences déjà maintes fois vues de l’accident, j’ai choisi de me tourner vers l’avenir en suivant trois ans la jeunesse de Slavutych: la ville la plus jeune d’Ukraine, la ville née de cette catastrophe.»

© Niels Ackermann / Lundi13
© Niels Ackermann – Lundi 13

Vivre au jour le jour. Niels Ackermann a suivi cette jeunesse insouciante qui se cherche et tente de s’émanciper pour construire un futur serein et prospère. Le reportage est axé principalement sur la vie de Yulia. «Yulia est une adolescente que j’ai vu se transformer en une jeune adulte devant mon appareil. Au fil des mois, la jeune fille a troqué fêtes, conquêtes d’un soir et alcool contre un travail, des responsabilités et une vie de femme mariée. Elle et ses amis mont laissé la suivre dans cette phase cruciale où l’on décide ce que l’on veut faire de sa vie, où et avec qui.»

Niels Ackermann explique que Slavutych se voulait l’une des dernières vitrines de la grandeur soviétique. Depuis que la centrale a cessé de produire de l’électricité, en l’an 2000, son avenir ne dépend plus que du chantier du nouveau sarcophage qui s’achèvera en 2017 et des différentes subventions que touche cette ville stratégique mais aux perspectives très limitées.

tchernobylUn vernissage réussi, où il fût difficile de voir les images tant le petit espace était bondé. Mais après tout, cette proximité fait écho à ce regard d’immersion que propose le photographe, dans l’intimité de la vie de Yulia et ses amis, ses petits espaces de vie, on retrouve alors un peu de cet ailleurs, ici. Les images témoignent avec sensibilité et sans tragédie de ce besoin d’exister, elles sont empreintes à la fois de tendresse, d’humour, d’ironie et d’un certain décalage. La lumière contraste et souligne des prises de vue tantôt de scène d’intérieurs intimes, tantôt des scènes d’extérieurs graphiques. On y découvre des images ou la nature tente de reprendre le pas autour d’un panneau triangulaire rappelant les dangers radioactifs, une réalité invisible qui ne peut s’oublier. «Ici, plus de gens meurent à cause de la drogue et de l’alcool qu’à cause de la radioactivité» m’expliquait Kiril en pointant la tombe de son meilleur ami tombé d’un balcon lors d’une soirée trop arrosée.

Selin ErtanImmersion également avec le choix d’une scénographie intimiste grâce aux reproductions de tapisseries qui habillent deux pans de mur de la galerie. Peut-être cristallisent-elles à la fois la peur du vide d’une jeunesse qui doit tout reconstruire et s’impose comme symbole de transition d’un passé encore lourd à porter vers un futur plein d’espoir. Et puis, il y a cette photographie, où la lumière évoque chaleur et explosion, celle d’une jeunesse qui a soif de vie.

L’espace d’exposition est à découvrir. Un lieu sans fenêtre, sans lumière du jour, une fois que l’on descend ses quelques marches d’accès, le monde extérieur n’existe plus. Le temps s’arrête et laisse place à la découverte et aux dialogues des regards. N’hésitez pas à visiter la librairie – située à côté de la galerie – où vous aurez le plaisir de feuilleter de beaux ouvrages.

Le livre du projet, «L’Ange Blanc», sera publié en avril 2016 aux éditions Noir Sur Blanc. Si vous souhaitez l’acquérir, vous pouvez vous rendre sur le lien suivant: www.slavuty.ch

 

Exposition du 08.11.2015 au 20.12.2015

FOCALE galerie – librairie

Place du Château 4, 1260 Nyon
t +41 22 361 09 66

du mercredi au dimanche de 14h à 18h ouverts les jours fériés.

 

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Selin Ertan