Monsieur Météo suisse se bat pour sa langue, en voie de dispatition

Apprendre l’arpitan avec la météo, c’est ce que propose le météorologue et blogueur d’origine savoyarde et valaisanne Lionel Fontannaz.

meteo_francoprovencal_francoprovenzale

Si vous habitez dans l’arc lémanique, vous avez déjà probablement entendu ou lu son nom. Lionel Fontannaz, 49 ans, est géologue de formation, devenu météorologue il y a vingt-cinq ans. Il apparaît régulièrement sur la Radio Télévision Suisse pour parler avec passion des intempéries et commenter les prévisions.

Originaire du Chablais savoyard, avec des racines valaisannes du côté de son père, il est de cette génération qui a été bercé par la douce mélodie de l’arpitan savoyard… grand-maternel. Ses parents le comprenaient mais ne le parlaient pas. Enfant, il se plongeait dans les histoire des Bartavala de la Marie, qui paraissaient dans l’hebdomadaire chablaisien Le Messager et qu’il essayait d’apprendre par coeur. «Les années ont passé, mais la frustration de ne pas parler la langue de mon pays n’a pas diminué», confesse-t-il. Il n’a jamais coupé les ponts avec cette langue qui lui est émotionnellement chère: il lisait les histoires en arpitan de l’Almanach du Vieux Savoyard, se rendait aux soirées théâtrales patoisantes dans les environs de Thonon, et surtout le contact avec le Valais où il a vu des jeunes parler le patois.

Tintin en arpitan: L'afére Pecârd«Apprendre la langue de mon pays»
Il y a deux ans environ, le besoin de se replonger dans l’arpitan s’est fait sentir: «l’âge est un moteur, et je me suis dit que ma génération était sans doute une des dernières à pouvoir redonner de la vigueur à l’arpitan. Nous n’avons plus le vocabulaire, mais nous avons encore la musique, l’accent et des expressions… c’est un bon début.»
Achats de livres, textes et dictionnaires accessibles sur internet, documents audio en arpitan, notamment enregistrés en Valais par le groupe patoisant de Salvan-Les Marécottes (la région d’origine de sa grand-mère paternelle), mais aussi d’autres supports audio du canton de Vaud. «Leur étude a peu à peu  constitué une de mes occupations majeures de mon temps libre.» Il y aussi eu l’achat d’anciennes revues de l’Almanach du Messager Boiteux (1910 à 1950), dans lequel il trouva de magnifiques textes en vaudois, dont la plupart signés Marc à Louis. Et puis il y a eu la lecture de Tintin en arpitan, L’afére Pêcard et les autres traductions: «un vrai choc. Tout à coup une lecture de mon enfance me plongeait dans la langue de mes ancêtres, dans la langue de mon pays.»

Une approche de l’arpitan jusque là très théorique, essentiellement basée sur la lecture et l’écriture, «un véritable paradoxe pour renouer le contact avec une langue que l’on veut vivante». L’avantage de cette approche a été surtout de découvrir les similitudes qu’il y a entre tous ces parlers arpitans: savoyard, valaisan, vaudois, etc. «Trop souvent dans l’enfance, et encore aujourd’hui, j’entends les personnes mettre en avant les différences des patois. Aujourd’hui ne faudrait-il pas se concentrer sur les similitudes pour démarrer un apprentissage et s’enrichir peu à peu des différences?»

«La météo en arpitan, un thème d’aujourd’hui qui nous relie aux anciens»
Haddock, Tintin et la météoLier son travail de météorologue à l’arpitan est une évidence qui lui est venue très rapidement lorsqu’il a commencé à étudier la langue en autodidacte. La météo est un très bon vecteur, une manière de lire des textes en arpitan parlant de ce qui se passe aujourd’hui «en “animant” des mots et des expressions de nos anciens. Le temps, la météo, voilà un thème que nous avons en commun avec la génération arpitane qui nous a précédé, et qui restera un thème commun avec les générations suivantes. De plus, le vocabulaire qui touche au temps, à la pluie, à la neige, etc., est d’une extrême richesse et en même temps suffisamment répétitif pour que l’on puisse petit à petit retenir quelque chose.»

Une fois par semaine, voire quotidiennement si le temps le lui permet, Lionel publiera un bulletin météo en arpitan, décrivant dans les grandes lignes le temps probable des régions partageant la même langue régionale savoyarde, valaisanne, vaudoise, neuchâteloise, fribourgeoise, genevoise, valdôtaine, dauphinoise, lyonnaise, forézienne, franc-comtoise et du Beaujolais.

«Le but du bulletin n’est pas de donner une information météorologique fiable, bien que la prévision donnera le temps le plus probable que l’on peut avoir dans ces régions, précise-t-il. Le but est d’avoir des textes à partager.» Lesquels seront commentés en arpitan, espère-t-il, tout en précisant que toutes suggestions, corrections et compléments d’information seront les bienvenues. ∎

Image RTS

Image RTS

Tintin, L’afére Pecârd est © Hergé-Moulinsart-Casterman, 2014.

FacebookTwitterEmailWhatsAppLinkedInShare

Alban Lavy