La «petite grande maison» aux Grottes

Au cœur du quartier des Grottes, dans une rue annonciatrice de partage et de soleil, se love une institution bien particulière : La Maison des Enfants.  En ce lundi gris et froid de décembre, j’y trouve refuge auprès d’éducatrices, d’enfants et de parents. 

Atmosphère détendue, chaleureuse et conviviale, on est comme à la maison ici! Chacun a ses petites habitudes, ses petites affaires, ses jeux préférés ou ses livres de prédilection. Paul arrive avec un CD qu’il propose d’écouter avec d’autres enfants un peu plus tard, mais pour l’instant c’est la course aux escargots qui absorbe l’équipe présente. En attendant que la troupe soit au complet à 14h30, les bambins savourent ce moment en jeux libres.

Ici, un calendrier de l’Avent déguisé en maison de poupée est en construction, dans l’autre salle, on a installé un mobile qui grandit de jour en jour à l’approche du 24.

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Activité bricolage avec paillettes et étoiles, saison oblige. Les petits bouts entre deux et quatre ans sont aux anges. Il faut dire que la maison porte bien son nom. J’ai le sentiment d’être chez les Lilliputiens, rien n’est à ma taille! Serais-je devenue géante? Petites chaises colorées, petites tables, cuvettes de toilettes au ras du sol, lavabos version minus! Tout est adapté!

Bien que le temps ne soit pas particulièrement clément, nous nous apprêtons à sortir. Quelle chance! la maison dispose de son propre jardin! Jeux, toboggan notamment et espaces créatifs, bac à sable par exemple. Tout est pris d’assaut malgré les températures et l’humidité, spécialement le bac à sable qui ne désemplit guère! Mais sortir en décembre sous nos latitudes, c’est tout une histoire, les chaussures, les bonnets, les gants, les écharpes! Festival de couleurs et de matières. Les enfants tous plus dégourdis les uns que les autres s’affairent et ne veulent pas d’aide! Dehors, on court, on crie, on se poursuit, on tombe, on rit, on vit! Pendant ce temps, j’essaie de me réchauffer, une tasse de thé entre les mains en discutant avec les éducatrices! Finalement, l’heure de la pause « grand air » sonne. Nous nous engouffrons tous au chaud, objectif goûter!

Après s’être délesté de l’équipage nécessaire pour résister au froid, c’est la queue pour passer aux toilettes et se laver les mains. Les instructions étaient très claires : « il faut frotter »! Eh oui, on apprend l’hygiène! Quant à moi, je virevolte. Je découvre un coin de pièce « caverne d’Ali Baba »! Assiettes en plastiques colorées en forme de fleur, brosses à dents imprégnées de peintures, palettes de peinture à l’eau, bouts de laine et de tissus, pinceaux en goguette… Pour votre exploratrice visuelle de son état : un vrai bonheur. Mon appareil photo n’est pas au chômage! Je mitraille!

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Je me laisse absorber et voilà que le goûter composé de clémentines, de biscuits, de jus de fruits se dresse sur la table. Ce sont les parents qui, tour à tour, apportent les victuailles. Cela reflète l’esprit associatif de la maison et permet des découvertes culinaires enrichissantes, car certains d’entre eux viennent d’Inde, du Brésil, de Russie, du Sri Lanka, d’Argentine et j’en passe! Les assiettes circulent, on se sert des petites portions par souci des autres, on se raconte des histoires, son week-end, on parle de ses goûts, la clémentine avec sa peau et ses pépins remporte la compétition. Puis soudain, je deviens le centre d’intérêt! Là pour le coup, je ne me sens plus géante… Qui suis-je et pourquoi me suis-je assise sur une petite chaise rouge en bout de table? Alors j’explique a raison de ma visite et mes réponses paraissent satisfaisantes! Ouf, j’ai eu chaud!

Le temps a vite passé, la nuit est tombée. D’autres aventures m’attendent et je prends congé de mes compagnons de l’après-midi dont j’emporte un peu de bonne humeur et un sourire heureux!

Ici, pas besoin de niveau, tout est horizontal!

Je m’installe par terre pour discuter avec Pascale éducatrice, et Gustavo, du fonctionnement atypique de ce petit paradis ! Gustavo, papa tout aussi actif qu’engagé commence à évoquer les pratiques associatives de la Maison.

Les parents et les éducateurs constituent les membres de l’association. On comprend donc aisément, tout de suite, que le chemin se trace main dans la main, et que l’harmonie se cherche grâce à une étroite collaboration. Tout le monde joue le jeu, tout le monde s’implique : commissions actives (Entretien, Relations du personnel, Quartier-contact, Intégration…) et un comité infatigable répondent : « présent »! Au sein de ces organes siègent éducateurs et parents. On y propose des sujets de réflexions, des changements d’organisation, des idées d’activités, etc. La volonté première s’inscrit réellement dans la mixité des points de vues, des origines, en gardant à l’esprit le bien-être et l’épanouissement de ces chérubins. L’avantage d’un microcosme est que tout le monde se connaît. Les situations individuelles sont prises en compte notamment en ce qui concerne les aspects financiers. Ainsi, grâce au fond de solidarité de l’association, certaines familles peuvent recevoir de l’aide, lors du règlement de telle ou telle sortie voire en cas de maladie prolongée/accident ou écolage difficile à solder.

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La Maison des Enfants est subventionnée la ville de Genève. Elle applique les tarifs municipaux, les demandes d’inscriptions lui sont transmises par BIPE (Bureau d’Inscription de la Petite Enfance). À ce titre, elle touche des subventions de même que des institutions équivalentes. Ce qui la distingue, c’est sa structure associative totalement indépendante de la ville. Pas de directeur avec une batterie, pas de cogestion municipale, non! En lieu et place, un comité composé de parents et d’éducateurs uniquement. Ici chaque voix compte. C’est dans la coresponsabilité et l’investissement de tous, soit la cogestion ; que les liens se tissent, que le partage se crée, que les complicités naissent. L’atmosphère est agréable. Les éducateurs sont mis en valeur, leur travail directement reconnus par les parents qui sont partie prenante du processus : le comité est l’employeur ! Ces derniers quant à eux, sont familiarisés avec l’environnement de leurs enfants, y contribuent directement et créent un lien privilégié avec celui-ci.

Le travers de la forme associative est souvent qu’un noyau dur se forme autour d’inconditionnels et que les autres membres vivotent. C’est loin d’être le cas de la « Maison ». Non seulement, les adhérents sont renouvelés très régulièrement car les enfants ne restent que deux ans dans la structure (et donc les parents aussi, plus ou moins en fonction des fratries), mais aussi parce qu’il est parfois plus évident de défendre des idées pour autrui que pour soi-même, surtout lorsqu’il s’agit de sa progéniture!

La Maison des enfants aux Grottes – Jardin d’enfants

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Natacha de Santignac

kaleidoscopes.ch